DE LA BIENNALE DU CINÉMA ESPAGNOL AUX IMAGES HISPANO-AMÉRICAINES
Aux origines : la Biennale du Cinéma Espagnol
La Quinzaine du Cinéma Espagnol d’Annecy, devenue ensuite Biennale du Cinéma Espagnol, a été créée par Raoul Rodriguez, Délégué général de 1983 jusqu’en 2002. Lors de ses premières éditions, elle se déroulait en collaboration avec la MJC des Marquisats à Annecy.
1992 est l’année de la disparition de la MJC des Marquisats. Tout naturellement naît en 1993 l’Association pour la Diffusion de la Culture Hispanique (ADCH) créée pour soutenir cette manifestation culturelle de réputation internationale. A partir de là, la Biennale du Cinéma Espagnol est accueillie par Bonlieu Scène Nationale. Elle reçoit l’appui et les subventions de la ville d’Annecy, du Conseil Général de Haute-Savoie, de la Direction Régionale des Affaires Culturelles Rhône-Alpes, du Ministère de L’Education Nationale, de l’Ambassade d’Espagne en France, du Ministerio de Cultura-ICAA, de l’Instituto Cervantes, de la Direction Départementale de la Jeunesse et des Sports, de l’Association des Cinémas de Recherche Indépendants de Rhône-Alpes, de la ville de Seynod, de BSN. Elle est portée avec vitalité par son association, l’ADCH, un public fidèle, le mécénat et la publicité d’entreprise.
Naissance et développement des Images Hispano-américaines (IHA)
En 1994, pour combler le vide entre deux Biennales, l’ADCH décide d’organiser les années impaires, Cinq jours, cinq films qui deviendront ensuite les Images Hispano-américaines, consacrées aux cinémas de l’Amérique hispanique, avec la participation de salles de cinéma comme La Turbine à Cran-Gevrier, Les Nemours et Le Mikado à Annecy, L’Auditorium de Seynod, Le Rabelais à Meythet. Ces deux manifestations culturelles d’importance vont donc fonctionner en alternance pendant plusieurs années.
En 1996, la Biennale met en place une compétition Jeunes réalisateurs puis en 2008, un prix à la Résidence.
Malheureusement, en 2014, après sa 16ème édition, pour des raisons financières et structurelles, l’ADCH doit abandonner La Biennale du Cinéma Espagnol, prise alors en charge par Bonlieu Scène nationale pendant une très brève période, avant de disparaître. Les Images Hispano-américaines s’annualisent alors et deviennent la manifestation culturelle essentielle de l’ADCH, se consacrant uniquement aux cinémas hispano-américains et fonctionnant avec le soutien toujours fidèle des salles de cinéma de l’Agglomération annécienne.
Sous l’impulsion de Luc Rodriguez, son président depuis 2013, les IHA, puisque c’est ainsi qu’on les nomme, se développent encore et concluent en 2019 un nouveau partenariat avec Bonlieu Scène nationale qui va accueillir, lors de chaque édition, la projection-débat de ce qui sera désormais « Un dimanche après-midi à Bonlieu ». C’est l’occasion de mettre à l’honneur une personnalité ou une communauté qui vient exposer et débattre avec le public sur l’un des problèmes actuels du continent latino-américain, faisant souvent écho aux problèmes majeurs de notre époque. Une personnalité comme le juge Baltasar Garzón, invité en avril 2019, est venu expliquer les difficultés de mettre en place une justice universelle et les problèmes rencontrés lorsqu’il a voulu poursuivre le Général Pinochet pour la répression organisée au Chili. En 2022 c’est un représentant des FARC (Forces armées révolutionnaires de Colombie) qui a suscité un vif intérêt du public au moment des accords de paix passés avec le gouvernement colombien. Plus récemment, toujours dans le cadre des IHA, le public a pu découvrir les diverses communautés indigènes du continent latino-américain luttant pour sauvegarder leurs coutumes, leurs identités et leurs territoires, problèmes intimement liés à la cause écologiste. La communauté de Sarayaku en Équateur est venue en 2023 défendre les droits des peuples amazoniens et pour les 19èmes IHA, en 2024, les femmes des territoires mapuches d’Argentine plaideront leur cause, ajoutant aux différents aspects de leur lutte une revendication féministe puisqu’elles n’ont traditionnellement pas voix au chapitre.
Les Images hispano-américaines continuent de se développer et ce ne sont pas moins de 16 salles qui participent aujourd’hui à cette manifestation culturelle d’importance dans toute la Haute-Savoie, avec la venue de plusieurs milliers d’élèves des collèges et lycées, lors de séances scolaires.
Les IHA ont lieu au cours de la dernière semaine de mars intégrant temps forts et focus. Ainsi, on célèbre un Invité d’honneur, un acteur ou une actrice (Paulina García en 2023, Antonia Zegers en 2024) dont on présente plusieurs films, témoignages de leur talent. En fonction des films sélectionnés un hommage est rendu à un acteur important en sa présence, comme Darío Grandinetti pour l’Ouverture des 19 èmes IHA. D’autres évènements permettent de mettre en lumière des invités variés (acteurs, auteurs, journalistes, danseurs, musiciens…).
Au fil des Images :
Au fil des ans les Images Hispano-américaines se sont enrichies d’un Prix du public créé en 2022, puis d’un Prix du jury en 2023 avec la participation de personnalités liées au 7èmeArt. Ces deux Prix transforment cette manifestation culturelle en un véritable festival qui récompense des premiers ou seconds longs métrages de talents émergents, autour de thématiques au cœur des préoccupations des cinéastes actuels d’Amérique latine. Les cinq films en « Compétition » sont l’occasion d’un échange fructueux avec les réalisateurs à l’issue des projections, lors des « Rencontres autour d’un film ». À cela s’ajoute la vingtaine de films sélectionnés par un comité de visionnage – des longs métrages de fiction et des documentaires – présentés dans la section « Panorama » qui permettent d’approfondir notre connaissance des sociétés hispano-américaines par le reflet qu’en donne le cinéma.
Le lauréat du Prix du public et celui du Prix du jury sont récompensés par une sculpture en verre de l’artiste Yan Zoritchak, installé à Talloires, dont les étonnantes créations semblent emprisonner un morceau de cosmos.
Pendant un temps, une exposition de peintres contemporains à la Cour de l’Abbaye à Annecy- le-Vieux en partenariat avec l’ADCH, a été inaugurée le jour précédent l’Ouverture des IHA, enrichissant ainsi par une autre approche artistique la connaissance des sociétés hispano-américaines actuelles. Ricardo Ponce, cubain ou Rodolfo Oviedo Vega, salvadorien, ont exposé respectivement lors des 17èmes et 18èmes IHA.
Bien sûr, tous ces temps forts sont indissociables des divers moments festifs organisés par l’ADCH et ses nombreux bénévoles, avec toujours le buffet convivial d’ouverture au cinéma La Turbine et la non moins gourmande soirée du Club Amical Franco-Espagnol y del mundo hispanoamericano (C.A.F.E) à la MJC Le Mikado, qui font la réputation des IHA et jalonnent la semaine du festival.
Dernièrement, toujours soucieuse d’approfondir chez les collégiens et les lycéens de l’Académie de Grenoble la formation à l’image, le goût du cinéma et la pratique de l’espagnol, l’ADCH a mis en place, en partenariat avec l’association Gciné et la MJC Le Mikado, le concours Cours toujours ! : il s’agit pour tous ces jeunes, encadrés par leurs professeurs, de réaliser un court métrage de quelques minutes en espagnol sous-titré en français sur un thème redéfini chaque année.
En 2024, L’acteur argentin Darío Grandinetti (deux fois Prix Condor d’argent du Meilleur Acteur, Argentine) et Concha d’argent à Biarritz est l’invité spécial de l’ouverture avec 2 films Rojo (2018), Encore une danse (2022). L’Invité d’Honneur, la chilienne Antonia Zegers, échange avec le public à la suite des films Mariana (2016), El club (2018), La Punition (Meilleure actrice au Tallin Black Nights en 2022). Des événements autour de films documentaires La rebelión de las flores de Laura Vásquez, argentine, Punto de encuentro de Roberto Baeza, chilien, permettent des échanges marquants avec le public qui participe aussi à une soirée festive autour de l’argentine avec un spectacle de tango et El profesor de Maria Alché et Benjamín Naishtat. Les Images Hispano-américaines, cœur de l’ADCH, retournent à Bonlieu Scène nationale pour une clôture au cœur de la ville d’Annecy, intéressant un public fidèle et toujours plus nombreux.
En 2025, le festival des IHA a décidé de se donner un parrain. Qui de mieux, parmi la pléiade d’artistes d’acteurs d’Amérique Latine, qu’un chilien, puisque depuis plusieurs années, nous avons des relations privilégiées avec le Chili. Nous nous sommes donc tournés vers l’immense acteur Alfredo Castro– rôle principal dans Les amants de Caracas (Lion d’or à Venise en 2015), mention spéciale du jury au festival Cinélatino de Toulouse pour son jeu dans Karnawal (2021), Meilleur Acteur au festival de Guadalajara au Mexique dans Je tremble ô matador (2021). Son extraordinaire talent métamorphique continue à se déployer à travers toute sa filmographie avec Les colons (2023), Isla negra (2025). Pour l’ouverture nous avons reçu le guatémaltèque César Díaz avec les filmsNos mères- Caméra d’or et Prix SACD de la Semaine de la Critique à Cannes en 2019, et Mexico 86 (2024). Étaient invités aussi de nombreux réalisateurs des fictions en compétition et de documentaires lors des différents évènements qui s’égrènent tout au long du festival. L’écrivain colombien Juan Gabriel Vásquez a donné une interview sur son œuvre mais en particulier sur Une rétrospective (2023).
En 2026, toujours en expansion, le festival a distribué 5 Prix appelés désormais Zoritchak du nom du maitre verrier Yan Zoritchak qui depuis 1996 quand il s’agissait à l’époque de la Biennale du Cinéma Espagnol, a toujours créés les trophées. Le C.A. de l’ADCH a décidé de décerner dorénavant les Zoritchak du Jury, Zoritchak du Public, Zoritchak Jeunes-Maif, Zoritchak Altiplano-Voyage et Zoritchak Partenaires, les deux nouvelles récompenses créées lors de cette édition. L’ouverture de cette 21e édition se déroule traditionnellement au cinéma La Turbine avec comme thématique la comédie argentine (Un coup de maître et Homo sapiens ? ). L’invité d’Honneur est Sebastián Lelio, réalisateur entre autres de Gloria (Ours d’argent au festival de Berlin pour l’actrice Paulina García en 2013), Une femme fantastique (Oscar en 2018 du meilleur film en langue étrangère) et récemment La vague (2025) un film musical pour dénoncer les agressions sexuelles en lien avec la révolte du printemps 2018 au Chili. Six fictions en compétition cette année et encore une nouveauté, trois documentaires en compétition avec la présence des réalisateurs comme condition requise. Des évènements se déroulent tout au long du festival avec des invités qui attirent un public de plus en plus nombreux. Une après-midi à La Turbine autour du documentaire Sicarios du journaliste réalisateur Thierry Gaytán, une soirée Venezuela, on est là avec le groupe Chile verde et les 2 réalisatrices Mariana Rondón et Marité Ugás quiprésentent le film Aún es de noche en Caracas,ainsi que Zafari.La chanteuse Mandy Lerouge, à l’Auditorium Seynod, chante l’Argentine d’Atahualpa Yupanqui tandis que Ana María Coreaga, survivante de la dictature du Général Videla présente le documentaire Norita sur la cofondatrice historique des « Mères de la Place de Mai. » L’écrivaine cubaine Karla Suárez est l’invitée littéraire pour présenter son œuvre depuis Tropiques du silence jusqu’à son dernier roman Objets perdus. La soirée de clôture au Pathé Annecy avec la remise des différents Zoritchak met à l’honneur le film Un poète de Simón Mesa Soto (Cannes Un Certain Regard, Prix du Jury, 2025) avec la présence de l’acteur principal Ubeimar Ríos.

